

DECLARATION DE RABAT
Nous, Ministres des Affaires Etrangères, Ministres compétents en matière
de Migration et de Développement, et autres représentants des pays
partenaires : Allemagne, Autriche, Belgique, Bénin, Bulgarie, Burkina
Faso, Cameroun, Cap Vert, Chypre, Congo, Côte d´Ivoire, Danemark,
Egypte, Espagne, Estonie, Finlande, France, Gabon, Gambie, Ghana,
Grèce, Guinée Bissau, Guinée, Guinée Equatoriale, Hongrie, Irlande,
Islande, Italie, Lettonie, Libéria, Libye, Lituanie, Luxembourg, Mali, Malte,
Maroc, Mauritanie, Niger, Nigeria, Norvège, Pays Bas, Pologne, Portugal,
République Centrafricaine, République Démocratique du Congo,
République Tchèque, Roumanie, Royaume Uni, Sénégal, Sierra Leone,
Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Tchad, Togo, Tunisie et Commission
européenne;
Réunis, à l'invitation du Royaume du Maroc, les 10 et 11 juillet à Rabat,
dans le cadre de la Conférence Ministérielle Euro-Africaine sur la
Migration et le Développement ;
Remerciant le Royaume du Maroc, en sa qualité de pays hôte pour
l´excellente organisation de cette Conférence et pour son hospitalité, ainsi
que pour sa participation active et son initiative conjointe avec l´Espagne
et la France.
Exprimant sa considération à la République du Sénégal pour son
engagement actif, en particulier pour l´excellente organisation de
réunions préparatoires à Dakar ;
Remerciant tous les pays ayant contribué à l’élaboration du Plan d’Action
et de la Déclaration Finale ;
Remerciant également les organisations internationales et régionales
présentes pendant la Conférence ;
Conscients que les destins de nos pays sont liés et que seul le
développement d'une solidarité agissante rapide et tangible intégrant à la
fois les impératifs du développement et de la sécurité pour tous, sera à
même d'apporter une réponse durable à la question de la maîtrise des flux
migratoires ;
Persuadés que les migrations internationales ont des effets positifs sur
les pays d'accueil, de transit et d'origine lorsque ces flux sont bien gérés ;
Conscients que la gestion des flux migratoires ne peut se faire à travers
des mesures de contrôle seulement, mais nécessite également une action
concertée sur les causes profondes de la migration, notamment à travers
la mise en place de projets de développement en Afrique ;
Affirmant que les migrations irrégulières, le trafic des migrants et la
traite des êtres humains, doivent être combattus efficacement, dans le
cadre d'un partenariat viable et solidaire en respectant les droits
fondamentaux et la dignité des migrants;
Conscients de la nécessité de fournir une protection internationale
adéquate conformément aux obligations internationales des pays
partenaires ;
Conscients qu'il est nécessaire de mieux utiliser le potentiel de la
migration comme facteur de développement, de modernisation, et
d'innovation des sociétés d'origine et d'accueil ;
Convaincus que les flux migratoires s'alimentent de facteurs structurels
puissants, qui opèrent à la fois dans les sociétés d’origine, de transit et de
destination, et que ceux-ci ont une motivation à forte dominante
économique et sociale ;
Préoccupés par le phénomène de la fuite des cerveaux qui freine le
développement des pays d’origine en les privant des compétences de
qualité, de décideurs et de cadres d’expérience ;
Réaffirmant que la gestion de ces flux exige une réponse cohérente
abordant, dans une perspective globale et équilibrée, les différents
aspects et les diverses phases du processus migratoire dans sa globalité,
dans le cadre d'une démarche impliquant les pays d'origine, de transit et
de destination;
Nous engageons à créer et à développer un partenariat étroit entre nos
pays respectifs pour travailler de façon conjointe, suivant une approche
globale, équilibrée, pragmatique et opérationnelle, dans le respect des
droits fondamentaux et de la dignité des migrants et des réfugiés, sur le
phénomène des routes migratoires qui touche nos peuples.
-
Ce partenariat entre les pays d'origine, de transit et de
destination de la migration vise à apporter des réponses
concrètes et appropriées à la question centrale de la maîtrise
des flux migratoires et est fondé sur la forte conviction que la
gestion de la migration entre l'Afrique et l'Europe doit
s'inscrire dans un partenariat de lutte contre la pauvreté et de
promotion du développement durable et du codéveloppement.
-
Le renforcement d’un environnement propice au
développement passe par la bonne gouvernance, par les
échanges humains et commerciaux, par la promotion de la
paix et de la stabilité, ainsi que par la cohérence des politiques
internationales.
-
Le partenariat institué par la présente Déclaration entend
gérer de façon optimale et dans un esprit de responsabilité
partagée les flux migratoires entre les pays d'origine, de
transit et de destination des migrations.
-
Outre les questions de développement structurel, ce
partenariat abordera également le phénomène migratoire sous
tous les angles jugés pertinents par les pays partenaires tels
que :
- la valorisation du potentiel de la migration légale et ses
incidences bénéfiques sur le développement des pays
d’origine, de transit et d'accueil,
-
le renforcement des capacités des pays d’origine, de transit
et de destination pour gérer les flux migratoires dans leur
ensemble,
-
le développement de campagnes de sensibilisation,
-
la facilitation de la circulation des travailleurs et des personnes,
-
la mise en oeuvre d'une politique active d'intégration des migrants en situation régulière et de lutte contre
l'exclusion, la xénophobie et le racisme,
-
le contrôle des frontières,
-
la lutte contre la migration illégale, y compris la
réadmission des migrants en situation irrégulière et la lutte
contre la traite des êtres humains.
-
Ce partenariat aura un caractère pragmatique et opérationnel,
comme le démontre la traduction concrète de tous ces
éléments dans un Plan d´Action qui a reçu l´accord de tous
les participants, et qui se trouve annexé à la présente
Déclaration.
Sommes engagés, pleinement conscients de nos responsabilités, en
ce qui concerne la « Coopération en matière de développement et « la
Coopération en matière de gestion des flux migratoires » eu égard à
l’urgence de la situation, à commencer à intégrer les mesures
cohérentes avec le Plan d´Action dans nos politiques et actions dans
ces domaines et ce, tout en préservant son caractère global et
équilibré ;
Dans cette perspective, nous chargeons, au titre du suivi, nos Hauts
Fonctionnaires de se réunir pour procéder à une première évaluation de
la mise en oeuvre du Plan d’Action et de proposer une date pour la
tenue d’une deuxième conférence ministérielle, au plus tard dans deux
ans ;
Nous engageons à encourager et à approfondir le dialogue politique
et opérationnel entre l'Union Européenne et l'Afrique en matière de
migration et de développement, par :
-
L'approfondissement d'un dialogue politique de portée
continentale et la tenue d'une Conférence Ministérielle Afrique –
Europe dédiée à la "Migration et Développement", sur le modèle
du Sommet du Caire qui s’est tenu les 3 et 4 avril 2000. A cet égard, nous saluons l’offre de la Libye d’accueillir cette
Conférence à Tripoli, avant la fin de l’année 2006, comme
contribution à une Stratégie commune et au IIème Sommet UEAfrique,
qui doit se tenir à Lisbonne aussitôt que possible ;
-
Conscients du lien existant entre les routes migratoires,
encouragement des pays et organisations concernés d’Afrique et
d’Europe à adhérer aux concepts de la Conférence de Rabat ;
-
L’intensification du dialogue bilatéral sur les questions
migratoires entre les différents pays d’origine et de transit avec
l’Union Européenne et ses Etats membres, y compris dans le
cadre de l’Article 13 de l’Accord de Cotonou.
Invitons les organisations internationales et régionales, eu égard au
rôle important à jouer dans le suivi et la mise en oeuvre du Plan
d'Action, à contribuer et à accompagner les Etats participants dans la
mise en place et dans l´exécution du Plan d´Action, et plus
particulièrement en ce qui concerne sa dimension développement ;
Nous présenterons, dans le cadre du Dialogue de Haut Niveau des
Nations Unies, l´approche, les conclusions et le Plan d´Action de la
présente Conférence comme une contribution pragmatique et
opérationnelle, à l´heure d´aborder conjointement la gestion des flux
migratoires.
Adopté à Rabat, le 11 juillet 2006.